Jeanne Benameur

Otages intimes (2015)

 

Un journaliste ex-otage doit reprendre pied dans sa propre vie, quand il en a été longtemps et violemment extrait. J’ai cherché avec grande conviction le nom de Benameur parmi les otages récents du Proche Orient, tant il me semble évident que la femme qui écrit ce livre a vécu l’épreuve dans sa chair. Le lecteur pénètre ici le cœur d’une personnalité saccagée, sans que personne n’y porte la moindre éraflure et dans le respect absolu de l’immense souffrance vécue. Le retour à l’intimité psychique, affective, presque sociétale d’un individu est délicatement mis à nu par Jeanne Benameur. Aucun des proches du journaliste ne se permettra un jugement épidermique, une parole hasardeuse ou même un espoir formulé… Tout est ressenti et jamais formulé. Celui qui n’a pas souffert l’enfermement n’est pas en capacité de se mettre dans la peau d’un ex-otage : il vaut mieux l’accompagner en silence, que de pressentir ce qui sonnerait faux. L’unique personne susceptible de le sauver, sera celle qui vit et respire pour redonner espoir aux damnés.

 

Christiane Singer

Les âges de la vie (1990)  

 

 Voilà le déroulé astucieusement rapporté de chacune des étapes que nous vivons. Je dis astucieusement, parce qu’à chaque âge correspondent des merveilles insoupçonnées et jusqu’à la vieillesse, si tant est qu’elle se passe sans souffrance. Depuis l’utérus de la mère où le fœtus enregistre déjà son environnement, l’enfance rassurée par un amour omniprésent et l’adolescence dont le comportement désire s’individualiser à tout prix, l’homme est toujours mu par l’excellence qu’il vise. A l’âge adulte et plus tard dans le temps, l’homme n’a plus rien à se prouver mais célèbre ses performances juste pour lui… Il devient raisonnable où presque sage et rayonne sur son propre intellect. Dans cet ouvrage, le lecteur n’est pas en proie à l’évocation triste du fil ininterrompu de l’existence et finirait presque par se réjouir de l’arrivée du seuil de sa vie… Reste à Christiane Singer une écriture rendue vraiment pénible, par un vocabulaire pompeux et une syntaxe alambiquée ! Pourquoi faire simple quand on peut tout compliquer !!!

 

Nicolas Mathieu (Goncourt 2018)

Leurs enfants après eux… 

 

 Les barres d’immeubles crasseux ou les pavillons sans humanité, le shit, la coke et les vols de motos… Une graine voudrait pousser qu’elle serait noyée dans l’alcoolisme. En outre, il y a celui d’ici et celui d’ailleurs dont l’origine seule tendrait à faire la différence. Mais, las des difficultés en présence, d’une incompréhension doublée d’une mauvaise volonté, ils finissent par se fondre dans le même creuset : celui de la fange et du refus.

Et puis, il y a les autres, ceux qu’on appelle les nantis. Ils sont jalousés, enviés et brutalisés, admirés et combattus. Eux sont souvent sollicités par les exemples de facilité… et bien sûr…  le chemin de la facilité est plus simple à rejoindre. 

Ce livre m’a profondément déplu pendant les premières pages, pour la langue de la rue, le ton cru et agressif du combat, l’irrespect latent et l’opacité glauque d’un milieu. Il faut bien convenir qu’on est ici dans une société mal connue. Finalement, l’auteur a pris le sujet avec tellement de réalisme et l’a approfondi si intelligemment que l’ouvrage m’est apparu comme un formidable résumé du monde de nos jeunes, de l’environnement qui les sollicite, les entrave ou les casse. Il arrive aussi que le malaise se transforme en levier et les propulse en pleine lumière… Félicitations à l’auteur, pour avoir su nous faire pénétrer aux confins de ce monde qui nous échappe indiscutablement malgré tous nos efforts pour !e comprendre !