Jeanne Benameur

Otages intimes (2015)

 

Un journaliste ex-otage doit reprendre pied dans sa propre vie, quand il en a été longtemps et violemment extrait. J’ai cherché avec grande conviction le nom de Benameur parmi les otages récents du Proche Orient, tant il me semble évident que la femme qui écrit ce livre a vécu l’épreuve dans sa chair. Le lecteur pénètre ici le cœur d’une personnalité saccagée, sans que personne n’y porte la moindre éraflure et dans le respect absolu de l’immense souffrance vécue. Le retour à l’intimité psychique, affective, presque sociétale d’un individu est délicatement mis à nu par Jeanne Benameur. Aucun des proches du journaliste ne se permettra un jugement épidermique, une parole hasardeuse ou même un espoir formulé… Tout est ressenti et jamais formulé. Celui qui n’a pas souffert l’enfermement n’est pas en capacité de se mettre dans la peau d’un ex-otage : il vaut mieux l’accompagner en silence, que de pressentir ce qui sonnerait faux. L’unique personne susceptible de le sauver, sera celle qui vit et respire pour redonner espoir aux damnés.

 

Didier Long

Défense à Dieu d’entrer (2005)  

 

Pour être clair et bref, ce récit est une autobiographie, qui n’a rien d’une thérapie. Issu de la société civile, un jeune homme est frappé par la grâce divine et entre dans la communauté des moines Bénédictins. Quelques années s’écoulent, il s’aperçoit qu’il n’est pas fait pour la vie monastique et reprend son bâton de pèlerin. Il se marie, s’engage dans une profession qui le trempe dans un monde factice et oppressant où l’argent domine l’être. Il réalise en conséquence, que la spiritualité est un facteur essentiel à l’équilibre de vie.

Les moines bénédictins suivent la dure loi qui obéit à la parole de St. Benoît et passent leur temps en prière ou en travaux domestiques. Ils sont rarement amenés à échanger avec le monde social qui vit à la porte du monastère, puisqu’ils vivent le plus souvent reclus dans leur univers de silence, de méditation, d’adoration. En plus de pénétrer une communauté religieuse mal connue, avec ses lois sévères mais choisies et acceptées, le lecteur suit le parcours d’un homme en totale confiance avec Dieu. L’auteur porte en lui la tolérance et l’amour au point de recevoir l’être comme il est, avant de porter sur lui toute espèce de jugement. Pour cette raison, je pense, il accepte des autres qu’ils échouent, qu’ils exploitent ou qu’ils bifurquent, sans se poser les questions faciles et si banales, dont la réponse doit impérativement tenir dans le cadre des conventions sociales : quel que soit le sujet, Didier Long pardonne. De mon point de vue, l’exemple d’une telle âme pourrait devenir comme un leitmotiv à paraître dans l’éducation de nos enfants tant elle est exclusivement inspirée par l’amour de l’autre.

 

Maryam Madjidi

Marx et la  poupée    (2017)

 

 Aujourd’hui cette jeune femme, écrivain et personnage principal du livre, a 38 ans. Elle a reçu pour cette publication, le Goncourt du premier roman : c’est, à mon avis, une distinction parfaitement méritée. Une romancière franco-iranienne (c’est l’auteur) prend le parti d’écrire et de se décrire, depuis son univers utérin jusqu’à l’âge adulte. Elle offre au lecteur un magnifique conte, une poésie en prose sur sa propre vie et sous la forme d’un récit touchant et pudique mêlant avec habileté les soucis d’une intégration voulue avec ceux de l’éducation. De l’amour et la motivation, elle fait souvent sa force et son courage et finit par se construire tout en béton, à l’abri des atteintes, à l’abri des injustices. Qu’elle se soit formidablement accomplie, comme elle l’a profondément désiré, est un élément qu’elle a su doubler d’une écriture ravissante, parfois enfantine, naïve et délicate mais restant aussi suffisamment directive pour donner forme à ses projets.