Etaf Rum

 Le silence d’Isra    (2020) 

 

Nous suivons ici la vie de trois générations d’une famille palestinienne qui a quitté son pays pour s’installer aux Etats Unis. C’est le premier ouvrage que je lis, dont je pense qu’il tient à la fois du roman conventionnel et du témoignage extrêmement intéressant. Le paroxysme surprenant que j’évoque tient probablement à cette connaissance trop approximative que nous avons de la culture musulmane et donc à la rediffusion d’éléments que nous croyons connaitre, sans les accepter pour autant. Nous sommes dans cet ouvrage en relation directe avec les membres d’une famille : les hommes et les femmes. Malgré la domination de l’homme par la force, il semble s’agir d’une culture matriarcale qui donnerait volontairement les rênes de la conduite aux hommes, par attachement justement à sa propre culture ancestrale, par habitude de la soumission, ou parfois par lâcheté. C’est suffisamment flou et distant de nos propres valeurs, qu’il me semblerait bien prétentieux de trancher. Mais c’est aussi tellement édifiant et révoltant, qu’il paraît impensable de ne pas réagir…

 

Mary Lynn Bracht

Filles de la mer (2020)

 

 Au moment de la seconde guerre sino-japonaise, et donc pendant le second conflit mondial, les soldats japonais soumettent la Corée, massacrent son peuple et enlèvent de nombreuses petites filles pour en faire les filles de confort des troupes militaires. Ce livre évoque cet épisode douloureux avec la violence des mots qui porte à son paroxysme la violence des images que le lecteur se crée. Il faut un mental résistant pour parcourir avec ces jeunes filles un périple semé d’efforts, de contraintes, de souffrances et de crainte. Cet ouvrage est malgré tout magnifique, parce qu’il sert la cause des peuples exterminés, piétinés ou malmenés en mettant en relief l’insondable force que l’être humain porte en lui. On parle aujourd’hui de résilience pour celui qui renaît de ses cendres ; dans les souvenirs de ce peuple, il ne peut souvent plus être question de résilience, puisque les soldats ont piétiné jusqu’à leurs cendres. Cet ouvrage fait probablement office de témoignage : il est, à mon sens, d’une importance de premier ordre.

 

Erik Orsenna

 

Cochons, voyage au pays des vivants (2020) 

 

L’auteur aborde un pan assez méconnu des liens physiques que nous entretenons avec les animaux. A lire l’ouvrage, le lecteur est étonné de constater sa ressemblance avec le porc, la vive subtilité d’une chauve-souris et l’interdépendance constante qui lie l’humain à l’animal. La sensibilité et les ressentis ne sont pas l’apanage de l’homme seulement, mais plus globalement, du genre vivant… Il s’agit, m’a-t-il semblé, d’un pamphlet socio-écologiste plus que d’un ouvrage purement littéraire. Mais Orsenna reste une plume délicieuse et remplie d’humour. A cela s’ajoute une culture impressionnante, notamment scientifique et une curiosité insatiable. Le cocktail est parfois surprenant, souvent intéressant et toujours très plaisant à lire.

 

Delphine Horvilleur

Vivre avec nos morts (2021) 

 

 Ce livre rapide à lire, est profond, sérieux, instructif et religieux. L’auteur en est une femme, rabbine, qui parle ici, de sa mission auprès du peuple juif. Elle semble ne faire  aucun prosélytisme et se contente d’ouvrir son cœur à son peuple, de lui offrir ses convictions en toute humilité. Elle aborde évidemment ses célébrations funéraires, sa communion avec les familles et ses échanges avec leurs proches ; pour ceci, il est parfois difficile de suivre son douloureux parcours, mais elle paraît conduite par une telle humanité qu’elle illumine constamment son livre, de propos choisis dans le registre de l’espérance et du partage. Ce livre laisse au catholique un sentiment de communion et de partage, au juif un magnifique témoignage je pense, et de façon plus générale une leçon de vie particulière et enrichissante.