Erik Orsenna

 

Beaumarchais   (2020) 

 

On emploierait aujourd’hui les termes de résilience et d’énergie pour parler d’une personnalité aussi riche que celle qui nous est décrite ici. Le lecteur perdrait presque son souffle à suivre un Beaumarchais toujours si exaltant. Outre le plaisir de découvrir une personnalité écrasante, par ses facultés à rebondir et recommencer sans jamais perdre totalement la face, le lecteur se régale aussi de l’écriture d’Erik Orsenna. Par sa précédente présentation de Jean de La Fontaine, nous avions profité de son sens de l’humour ; aujourd’hui, avec cette même ironie et une dérision semblable, l’écrivain excelle à mon sens, sur le « tourbillon » Beaumarchais !

 

Leïla Slimani

 

 

Le pays des autres   (2020) 

 

 Une jeune alsacienne épouse un marocain, s’installe au pays de son mari, lui donne des enfants et se bat à ses côtés pour offrir une vie honorable à leur famille. C’est une entreprise difficile que le couple va tenter sans l’avoir anticipée, sans en avoir mesuré les difficultés… Avec finesse, l’auteur rend compte des contraintes induites par une union rendue d’autant laborieuse qu’elle va devoir s’épanouir dans « le pays des autres ». Se sentant déraciné par une culture dissemblable, chacun porte en soi sa propre carte de valeurs, sans compter qu’au Maroc les femmes vivent au pays des hommes. Cette jeune écrivain(e) est aussi agréable à regarder qu’à écouter. Après plusieurs lectures de ses ouvrages, je suis tentée de rajouter « et qu’à lire » … A chaque étude de caractère, je la sens juste, intuitive, honnête et sans parti pris. J’apprécie assez ces moments de lecture où la psychanalyse rejoint la fiction. 

  

 

Florent Oiseau

Les Magnolias  (2020)

 

Un jeune homme s’est détourné de sa famille. A part une grande amitié pour un copain de son âge, aucun intérêt ne gouverne réellement sa vie si ce n’est l’affection qui le lie à sa grand-mère installée en maison de retraite ; un rayon de soleil va fournir au lecteur une dimension forte qui donne sens à cette « parabole ». Le milieu des protagonistes est misérable ou douloureux, mais sans jamais un mot triste ou une attitude défaitiste. L’auteur y introduit même un humour certain, plutôt noir, percutant, acerbe, sans aucune toxicité. L’esprit n’est pas agressif, dépourvu de toute méchanceté, rempli de compassion et d’une véritable émotion. Si l’environnement culturel est pauvre, les sentiments décrits restent nobles et quand l’intellect a souffert de frustrations importantes, l’esprit de chacun demeure sain. L’écriture est rapide, claire, syncopée : le lecteur se régale d’un texte séduisant. J’ai trouvé ce livre original, assez inhabituel, agréablement écrit, excellent !