Romain Gary

Education européenne   -   (1945)

 

 Nous sommes en Pologne, dans les forêts d’Europe centrale, bien ensevelis dans des grottes creusées à mains nues pour s’abriter de l’ennemi et s’isoler des intempéries. Cet hiver 1942 est extrêmement rigoureux, le froid, la glace et l’inconfort sont à chaque page le décor essentiel de cette vie… Bien entendu, cet ouvrage datant de la seconde guerre mondiale et situé non loin de Varsovie, ne peut déborder d’optimisme. Il est néanmoins peuplé de jeunes constamment habités par un idéal d’amour, de paix, d’entente et de partage. A l’inverse de ce que le lecteur peut attendre d’un tel titre, il s’agit d’un tableau extrêmement noir de ce que l’homme enseigne à l’homme, au travers de la guerre notamment, mais aussi et surtout de l’infinie beauté révélée par le caractère de chaque individu. Et, grâce à la plume de R.Gary, ce livre qui pourrait n’être que souffrance apparaît révélateur de douceur et de poésie.

Bernard Pivot

La mémoire n'en fait qu'à sa tête -  (2017)    

 

 Dans cet ouvrage, l’écrivain évoque de nombreuses rencontres faites à l’occasion de ses émissions et fait intervenir sa mémoire afin d’établir un parallèle avec d’autres situations, vécues ou entendues. Il m’a semblé prétentieux, ostentatoire et finalement un peu immodeste, mais l’écriture reste un tel régal que le lecteur s’en satisfait avec le plus grand plaisir. Bernard Pivot porte haut la plume qu’il a toujours célébrée, élégante et sarcastique, raffinée, bien acérée, et remplie de l’humour dont il ne s’est jamais départi. L’homme est un peu imbu de lui-même, il en a malgré tout quelques bonnes raisons, mais son propos si sérieux et ses airs si moqueurs lui octroient une aura étincelante dans le monde de la littérature, notamment pour porter à l’académie Goncourt une voix de grande qualité.

 

Gwenaëlle Aubry

Personne   (2009) 

 

L’écrivain est une femme, douée du sens de l’amour filial qui s’apparente à celui dont parle Aristote, et qui consiste à savoir recevoir et accepter, avant de donner. G. Aubry recherche son père dans la folie progressive qui l’a habité au long de sa vie. Je n’aime pas beaucoup les livres « thérapie », et pourtant celui-ci, qui m’a semblé être une quête douloureuse et intime, s’avère essentiellement respectueux du souvenir d’un être humain emporté pas à pas dans une folie dévorante. Un parallèle est établi par l’auteur entre les souvenirs toujours très indulgents qu’elle garde de son père et l’analyse qu’il en fait, lui, dans son carnet intime. Dans l’aura qu’elle conserve à son père, l’auteur a su écrire un texte pudique mais très intériorisé, intime mais infiniment digne et réellement noble à l’égard de son père. Même si l’écriture est parfois syncopée, comme la folie décrite ici, le livre est très touchant. Il reste néanmoins difficile à lire.