Jean d'Ormesson

Et moi, je vis toujours  (2017) 

 

 Sans trahir son image et pour son dernier ouvrage, Jean d’O. épate encore le lecteur par l’étendue de ses connaissances. Ce livre peut figurer sur la liste de ceux qui garnissent nos tables de nuit et dans lesquels le lecteur se plonge avec délectation, intérêt et curiosité tant est retracée avec moult détails l’Histoire de l’humanité. De grands auteurs s’y sont déjà penché bien sûr, mais la prouesse de Jean d’O. réside dans le fait qu’il n’utilise jamais l’intonation didactique ; bien au contraire, il conserve la légèreté de style propre aux distractions…  Au cours des pages, on le voit sourire, on l’entend plaisanter et par-dessus tout, on se régale à l’écouter ! Sa personnalité emplit l’espace dans sa totalité… Le lecteur deviendrait presque un auditeur tant l’écriture prend vie sous sa plume. Sous l’emprise d’un charme, la magie des mots et la subtilité du personnage, on est envoûté par la ballade qu’il fredonne ! 

 

Diane Chamberlain

 Des mensonges nécessaires (2016) 

 

Deux jeunes filles issues d’un milieu misérable, sont vouées à la stérilisation par le système social. Nous ne sommes plus dans les horreurs de purification ethnique, mais bien dans le parcours légitime d’aide aux déshérités. Non seulement cet ouvrage ne laisse pas indifférent, mais il suscite une intense réflexion qui se déroule en plusieurs phases au cours de la lecture. En premier lieu, le lecteur peut prendre fait et cause pour la nécessité d’une opération, simplement parce qu’elle fait appel à la raison, en toute objectivité et sans aucun autre état d’âme que celui de rendre service aux nécessiteux. En progressant dans la lecture pourtant, le lecteur s’interroge, doute et balance, jusqu’à être en contradiction parfois avec son sentiment premier… Jusqu’où faut-il aller, que peut-on se permettre et avons-nous le droit de porter un jugement sur le désir de maternité ? De quel droit avons-nous le pouvoir où l’abus de pouvoir pour trancher, entre le malheur que nous prévoyons et le bonheur qui ne nous appartient pas ? Les chiffres de la raison évoquent l’âge et la misère, l’émotivité du cœur ne reconnaît que l’amour. Bien chanceux qui peut affronter ce lourd combat…

Leïla Slimani

 

SEXE ET MENSONGES  (2017)

 

 Le Goncourt du même auteur était une fiction surprenante et agréable à découvrir, cet ouvrage est en tous points connu et reconnu, tellement récurrent qu’il en devient lassant… L’auteur expose ici la vie sexuelle des marocains. Comme son titre l’indique, le texte est une suite d’interviews plus dénonciatrices les unes que les autres. Chaque intervenante explique les outrages subis, les prétextes invoqués à tort, les malversations provoquées par des mentalités machistes et par-dessus tout, cette « légalité » due à la supériorité avérée de l’homme sur la femme ! Bien sûr, notre culture s’oppose à la leur et en Europe, nous sommes choqués de ces comportements. Mais l’ensemble des traits distinctifs d’une société, ou d’un groupe en est sa culture… Issue de cette culture, l’auteur vit maintenant au sein de notre continent européen. Elle combat donc tout naturellement et avec force, ce qu’elle considère comme les déviances d’une société machiste.